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Catherine Cazalé

Paris, mars 1998


À la fin des années quatre vingt, sholby crée un mouvement artistique intitulé « Watch your Trout ». Un courant qui professe la réhabilitation du sujet et l’utilisation anarchique de toutes les techniques disponibles.

Pourtant, dix ans après son lancement il en est et reste l’unique membre. Qu’est-ce à dire ? Que plus personne, ou presque, n’envisage de rétablir le sujet dans un monde où seul l’ego -et donc le paraître plutôt que l’être-, a droit de cité ? Ou que les beaux arts -qualifiés aujourd’hui d’arts plastiques- sont structurés de façon à ce que précisément on ne puisse introduire dans leurs rouages le grain de sable qui les ferait s’emballer et peut-être ainsi sortir de genres semblant aussi sclérosés qu’ils sont catégoriques ? À moins qu’une fois pour toutes la question du sujet soit de la compétence du philosophe et du psychanalyste, et celle des techniques en matière d’art de l’artiste formé dans les écoles du même nom ?

Oui, le paysage (humain, artistique...) est bien sous surveillance comme l’indique sholby en recensant certaines de ses pièces sous ce titre emprunté à l’écrivain allemand Heiner Müller. Les toiles et dessins présentés sous ce label appartiennent au cycle expressionniste de l’artiste. Il y explore visages et corps selon les principes remaniés d’une figuration qui doit autant au graphisme de la bande dessinée qu’à la nouvelle figuration française et au néoréalisme anglais, dont n’est pas exclue la référence au très singulier Francis Bacon, notamment dans cette obsession de peindre le cri (qu’Edward Munch, bien avant l’Irlandais, avait saisi dans une célèbre toile). Dire ou peindre le cri (primal, de douleur...) n’est pas une mince affaire. Il faut tordre la ligne, creuser la matière, de façon à capturer en surface la gamme chromatique des sons qui amorcent le trou noir indiquant le vertige de l’être que son impossible parole précipite dans un gouffre sans fond, car le cri est bien la négation du verbe.

Dans ses récents travaux, essentiellement des dessins, sholby n’a de cesse de poser la question du sujet non pas malade, mais souffrant dans sa chair, en quête d’une identité qui le renvoie simultanément à son animalité (le cri) doublée d’humanité (la parole et la mémoire). La douleur transforme, mais elle déforme aussi. Aux images lisses des magazines montrant des corps sculptés que rien ne semble pouvoir abîmer, il préfère donner a voir l’autre versant des choses et du monde : l’altération à laquelle personne n’échappe.

Que pour exprimer la douleur d’être au monde, il utilise un mode de représentation aussi vieux que le monde paraît cohérent, d’autant qu’il ne cherche pas à diffuser son art uniquement dans des circuits traditionnels, mais qu’il se sert de tous les moyens de communication dont on dispose aujourd’hui. C’est ainsi qu’il a créé un site sur le net à partir duquel il met en circulation toutes ses productions (plastiques et littéraires). Il est aussi l’auteur d’un book interactif réalisé par ses soins sur CD-Rom. Un produit qui permet de consulter l’ensemble de son œuvre plastique (sculptures, toiles abstraites peintes recto-verso...)

Bref ! Si dans sa tentative solitaire de réhabilitation du sujet sholby utilise toujours les techniques traditionnelles de la représentation, il se sert aussi de tous les mediums disponibles pour diffuser ses travaux et ses jours.


Catherine Cazalé est critique d’art

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